Jean Marais

Derrière le visage de La Belle et la Bête se cache un artiste que les collectionneurs redécouvrent : Jean Marais, céramiste, sculpteur et peintre. Installé à Vallauris à partir des années 1970, il y modèle des mains, des visages et des animaux fantastiques dans la terre rouge locale, sous des émaux noirs lustrés devenus sa signature visuelle. Ses pièces circulent aujourd'hui en brocante comme en salle des ventes, de quelques dizaines à plusieurs milliers d'euros — avec un piège de taille : les rééditions posthumes. Ce guide détaille sa biographie d'artiste, ses œuvres emblématiques, les marques à vérifier et les fourchettes de prix réellement constatées.

Qui était Jean Marais, l'artiste ?

Jean Marais, l'artiste derrière l'acteur

Né le 11 décembre 1913 à Cherbourg et mort le 8 novembre 1998 à Cannes, Jean Marais fut acteur, mais aussi peintre, sculpteur, céramiste et écrivain. Il revendiquait volontiers le mot « artisan » plutôt qu'artiste. Sa production plastique, longtemps éclipsée par sa notoriété d'écran, occupe pourtant les trente dernières années de sa vie.

Jean Marais devient céramiste et sculpteur

Il sculpte et dessine dès les années 1940, encouragé à peindre par Picasso selon les commissaires de l'exposition qui lui a été consacrée à Megève. Installé à Cabris au début des années 1970, il se forme au tour chez le potier vallaurien Jo Pasquali vers 1973, ouvre sa galerie à Vallauris en 1975, puis s'y installe en 1980.

L'influence de Jean Cocteau sur son œuvre

Rencontré en 1937, Jean Cocteau reste jusqu'à sa mort en 1963 son ami, son mentor et son révélateur. Le trait graphique de Cocteau — profils épurés, mains isolées, figures mythologiques — irrigue toute la céramique de Marais. Ce dernier lui rend hommage jusque dans ses bronzes, dont un Portrait de Jean Cocteau régulièrement présenté aux enchères.

Pourquoi Vallauris est-elle devenue sa ville d'adoption ?

Vallauris s'était imposée comme capitale de la céramique d'art après l'installation de Picasso. Marais y venait dès les années 1950 avec Cocteau, lors de festivités données en l'honneur du peintre. Il y trouve des fours, un savoir-faire et l'amitié des Pasquali, qui deviendront ses légataires. Il repose au cimetière de la ville.

Style et Technique Reconnaissables

Comment reconnaître le style de Jean Marais

Son vocabulaire est immédiatement identifiable : mains ouvertes ou réunies en faisceau, visages stylisés aux paupières closes, têtes de lion, taureaux, pélicans et créatures mythologiques. Les formes utilitaires — pichets, vases balustres, coupes sur piédouche — servent de support à ces motifs expressifs, souvent traités en fort relief et en volumes pleins.

Quelles techniques utilisait-il en céramique ?

Il travaille la terre rouge de Vallauris, tournée par un potier ou moulée pour les modèles répétés, puis reprise à la main. Sa marque de fabrique reste l'émail noir lustré, presque métallique, obtenu avec des oxydes ; il emploie aussi des couvertes brunes, jaune paille, ou des rehauts blancs et rouges.

Sa peinture et son œuvre graphique

Sa peinture, figurative et colorée, prolonge son théâtre intérieur : arlequins, animaux, portraits, scènes oniriques. Il dessine aussi des contes pour enfants et des affiches, dont celles de la Fête de la poterie de Vallauris pendant une quinzaine d'années. Ses lithographies, tirées en petit nombre, restent la porte d'entrée la plus accessible.

Notre Sélection d'Objets Jean Marais

Nos trouvailles signées Jean Marais changent au fil des chines : pichets et vases en terre rouge à lustre noir, vide-poches « main », sujets animaliers, plats décoratifs et, plus rarement, lithographies ou bronzes. Chaque pièce est photographiée sous tous les angles, signature comprise, et décrite selon le vocabulaire du Décret Marcus.

Vase soliflore en céramique noir - Jean Marais Vallauris
Vase soliflore en céramique noir - Jean Marais Vallauris
Pichet céramique gris-noir - Jean Marais
Pichet céramique gris-noir - Jean Marais

Œuvres et Pièces Emblématiques

Le Passe-Muraille, sa sculpture la plus célèbre

Modelée en 1967 au lendemain de la mort de Marcel Aymé, cette figure de bronze de 2,30 mètres jaillit d'un mur de la place Marcel-Aymé, à Montmartre. Inaugurée le 25 février 1989, elle prête au personnage de Dutilleul les traits de l'écrivain, qui était son ami. C'est devenu une curiosité parisienne incontournable.

Les modèles de céramique les plus recherchés

Le vase « quatre mains » et le « quatre visages » comptent parmi les modèles les plus demandés ; plusieurs descriptions de ventes indiquent que les mains auraient été moulées d'après celles de Marais et de Cocteau. On croise aussi des lampes-torchères en forme de main, des aquamaniles taureaux et des vases-sculptures pélican.

Les collaborations et commandes 

Jean Marais dessine vers 1972 le fauteuil « Hommage à Jean Cocteau », édité par la maison italienne Poltrona. Il offre en 1991 à Vallauris La Rebellissière, bronze représentant une engobeuse, visible face à l'Espace Jean Marais. Il avait également ouvert une galerie à Megève dans les années 1960.

Identifier une Pièce Authentique

Comment se présente la signature de Jean Marais ?

Trois formes coexistent : une signature cursive « Jean Marais » incisée dans la terre crue, un monogramme « JM » discret, et un cachet frappé reproduisant sa signature. Elle se place sur la panse, sous la base ou au dos. Une date accompagne parfois le nom et renforce la traçabilité de la pièce.

Comment reconnaître une réédition posthume ?

C'est le point sensible du marché : en 2012, un potier de Vallauris a racheté les moules aux ayants droit et poursuivi l'édition, avec le cachet de signature, sans mention de réédition. Ces pièces sont donc licites mais postérieures à 1998. Exigez une provenance ancienne, une facture ou une photo d'époque.

Quels indices matériels faut-il examiner ?

Regardez le tesson : la terre rouge de Vallauris doit apparaître aux éclats et sous le pied. Une signature incisée à la pointe soulève un léger bourrelet de terre sur les bords, absent d'un cachet, qui laisse une empreinte nette et creuse. L'usure du pied complète ce faisceau d'indices.

Cote et Valeur sur le Marché

Combien vaut une céramique de Jean Marais ?

Les pièces courantes — pichets, coupes, petits vases à lustre noir — se négocient couramment entre 80 et 300 €. Un vide-poche « main » signé se situe le plus souvent entre 100 et 450 € selon l'état. Les grands modèles emblématiques, type vase « quatre mains », approchent ou dépassent 1 000 €.

Quelle est la cote de ses bronzes et de ses estampes ?

Les bronzes numérotés forment le haut de gamme : un Portrait de Jean Cocteau à patine dorée a été proposé autour de 2 000 à 3 000 € lors d'une vente cannoise. Les lithographies numérotées et signées du cachet restent accessibles, généralement sous la barre de quelques centaines d'euros.

Le marché Jean Marais est-il porteur en 2026 ?

Le marché est actif mais raisonnable. Deux dispersions de la succession à Antibes ont totalisé 225 000 € en 2014 puis 275 000 € en 2017, avec 95 % des lots vendus. La redécouverte de la céramique de Vallauris et l'ouverture en 2023 de l'Espace Jean Marais entretiennent l'intérêt des collectionneurs.

FAQ - Questions Fréquentes sur Jean Marais

Jean Marais était-il un véritable artiste ou un acteur amateur d'art ?

Il a exposé, vendu et été collectionné de son vivant, tout en revendiquant le statut d'artisan. Sa production est jugée inégale par certains spécialistes, très attachante par d'autres. Ce statut intermédiaire explique une cote modeste comparée aux grands noms de Vallauris, donc des pièces encore accessibles aujourd'hui.

Où voir des œuvres de Jean Marais aujourd'hui ?

L'Espace Jean Marais, ouvert en 2023 à Vallauris Golfe-Juan, présente céramiques et archives. Face à l'entrée se dresse La Rebellissière, bronze offert à la ville en 1991. À Paris, Le Passe-Muraille reste visible place Marcel-Aymé, à Montmartre. Sa tombe, ornée de sculptures, se trouve au cimetière de Vallauris.

Pourquoi ses céramiques sont-elles presque toujours noires ?

L'émail noir lustré, tirant vers le métallique, est devenu sa signature esthétique : il souligne les reliefs, les creux et les modelés du visage sans distraire par la couleur. Cette couverte, obtenue avec des oxydes métalliques, contraste avec la terre rouge de Vallauris visible aux éclats et sous le pied.

Jean Marais a-t-il connu Picasso ?

Oui. Il fréquente Vallauris dès les années 1950 avec Jean Cocteau, lors de festivités données en l'honneur de Picasso, alors installé dans la cité potière. Selon les organisateurs de l'exposition de Megève, Picasso l'aurait encouragé à peindre dès 1940. Les deux hommes n'ont toutefois pas travaillé ensemble.

Peut-on utiliser au quotidien un pichet de Jean Marais ?

Mieux vaut éviter. Ces terres cuites émaillées anciennes ne sont pas conçues pour le lave-vaisselle ni pour les liquides chauds, et l'émail peut présenter un fin tressaillage. Réservez-les à un usage décoratif, ou à un usage ponctuel suivi d'un nettoyage doux immédiat à l'eau tiède savonneuse.

Comment entretenir une céramique de Jean Marais ?

Un chiffon doux légèrement humide suffit pour le dépoussiérage courant. Évitez les produits abrasifs, l'eau de Javel et les éponges grattantes, qui matifient définitivement le lustre noir. Séchez immédiatement. Manipulez toujours l'objet par le corps, jamais par une anse ou un élément saillant, souvent fragilisé par le temps.

Toutes ses pièces sont-elles signées ?

La très grande majorité porte une signature manuscrite, un monogramme ou un cachet. Une pièce non signée n'est pas automatiquement fausse — des fonds d'atelier existent — mais elle perd beaucoup de valeur et devrait être présentée comme « attribuée à » et non comme une œuvre certaine de l'artiste.

Quelle différence entre une pièce tournée et une pièce moulée ?

Les formes utilitaires étaient tournées, souvent par un potier professionnel, puis décorées par Marais ; les sujets figuratifs répétés étaient moulés. Un tournage laisse des stries régulières à l'intérieur, un moulage une ligne de joint. Aucun des deux ne disqualifie la pièce, mais l'unicité fait le prix.

Une lithographie signée d'un cachet est-elle une œuvre originale ?

Une lithographie originale est tirée d'une matrice conçue par l'artiste, ce qui est le cas de plusieurs éditions numérotées à cent exemplaires. Le cachet de signature remplace la signature manuscrite : c'est courant et admis sur le marché, mais moins valorisé qu'une épreuve signée à la main de son vivant.

Par quelle pièce commencer une collection Jean Marais ?

Un petit vide-poche « main » ou un pichet à lustre noir constitue une entrée idéale : format facile à exposer, prix contenu, motif immédiatement reconnaissable. Vous apprenez ainsi à lire une signature incisée et un émail d'époque avant d'investir dans un vase-sculpture, un bronze ou une grande pièce signée.

Guide - Bien Acheter une Pièce de Jean Marais

Étape 1 : Identifier le modèle et son type

Déterminez d'abord ce que vous regardez : pièce tournée utilitaire, sujet moulé répété, bronze numéroté ou estampe. Cherchez le modèle dans les résultats de ventes en ligne pour savoir s'il est courant ou rare. Cette identification conditionne tout le reste : fourchette de prix, risque de réédition, exigence de provenance.

Étape 2 : Examiner la signature à la lumière rasante

Placez la pièce sous une lumière oblique. Une signature incisée dans la terre crue creuse un sillon irrégulier avec un léger bourrelet sur les bords ; un cachet laisse une empreinte nette, homogène, sans reprise. Photographiez la marque de très près : c'est le document qu'un expert vous demandera en premier.

Étape 3 : Vérifier la terre et l'émail

Cherchez un éclat ou une zone non émaillée sous le pied : la terre rouge de Vallauris doit y apparaître, dense et fine. Un émail noir d'époque garde un lustre profond, jamais uniforme comme une peinture. Une pièce trop parfaite, sans aucune trace d'usage, mérite une question sur sa date d'édition.

Étape 4 : Demander la provenance et l'historique

Réclamez au vendeur tout ce qui rattache la pièce à une période : facture ancienne, photo de famille, étiquette de galerie, catalogue de vente. Une acquisition faite du vivant de l'artiste, ou issue de la succession dispersée à Antibes, écarte l'hypothèse d'une réédition postérieure à 1998.

Étape 5 : Contrôler l'état avec méthode

Passez le doigt sur les bords, les anses et les extrémités : les éclats se sentent avant de se voir. Faites tinter légèrement la pièce du bout de l'ongle : un son mat trahit souvent une fêle ou une restauration. Éclairez par transparence les zones fines et notez chaque défaut constaté.

Étape 6 : Situer le prix face au marché réel

Comparez avec les adjudications récentes de modèles équivalents, frais compris, plutôt qu'avec les prix affichés en galerie. Tenez compte de la taille, de la rareté du modèle et de l'état. Un écart important vers le bas doit alerter autant qu'un prix excessif : il signale souvent une réédition.

Étape 7 : Sécuriser l'achat et la livraison

Exigez une facture détaillée conforme au Décret Marcus, mentionnant l'auteur, la technique et l'époque annoncée. Conservez les échanges écrits et les photos. Pour un transport, demandez un calage individuel de chaque partie saillante et une assurance à hauteur du prix payé. Photographiez la pièce dès réception.

Notre Expertise Jean Marais

Chez My-Trouvailles, chaque céramique attribuée à Jean Marais passe le même examen avant mise en ligne : nature du tesson, mode de marquage, cohérence de l'émail, traces d'usage sous le pied. La question qui tranche le plus souvent reste celle du marquage — une signature incisée à la pointe dans la terre encore tendre ne ressemble pas à un cachet frappé, et cette différence se voit à la lumière rasante bien mieux qu'en photo. Nous distinguons clairement une pièce d'époque d'une édition postérieure, et nous le disons quand un doute subsiste plutôt que de laisser la signature parler seule. Nos descriptions respectent le vocabulaire du Décret Marcus du 3 mars 1981 : « de » quand l'authenticité est établie, « attribué à » en cas de présomptions sérieuses, « dans le goût de » pour tout le reste. Photos détaillées de la signature fournies systématiquement, livraison sur Paris.

Sources et références

  • Ville de Vallauris Golfe-Juan / Espace Jean Marais - Repères biographiques, formation auprès de Jo Pasquali, sculpture La Rebellissière
  • Gazette Drouot - Fiche artiste, actualité des ventes et lots passés en vente publique
  • Besch Cannes Auction - Estimations de bronzes, lithographies et céramiques de l'artiste
  • Bases de résultats d'enchères publiques - Fourchettes de prix constatées sur les modèles courants et rares
  • Jean-Claude Martin, « Marques et signatures de la céramique d'art de la Côte d'Azur » (Sudarènes, 2009) - Référence sur les marquages vallauriens
  • Législation française - Décret Marcus du 3 mars 1981 régissant le vocabulaire de vente des antiquités

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